Végéculture

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Critique : Fausse viande ou vrai élevage ?

vendredi 16 juin 2017, par Stéphane

L’INRA a publié en février 2017 un dossier sur l’élevage et la viande. Malheureusement, qu’en on regarde les détails ont réalise les nombreux biais et demi-vérité qui laissent croire à de supposés bienfaits apporter par l’élevage. Vous trouverez ci-dessous un regard critique face à plusieurs affirmations.

D’abord, tout leur dossier est orienté afin de promouvoir l’élevage et la consommation de viande. Pas surprenant quand on regarde qui sont les auteurs :

Jean-François Hocquette

Jean-Louis PEYRAUD
Fonctions professionnelles :

  • Chargé de mission auprès du directeur scientifique agriculture de l’INRA
  • Président de l’Animal Task Force
  • « The Animal Task Force is a European Public-Private Platform. We promote a sustainable and competitive livestock sector in Europe. We are a leading body of expertise, representing key stakeholders from industry, famers and research from across Europe. »
  • www.animaltaskforce.eu/Ourorganisation/Aboutus.aspx
  • Lobby pro-viande
  • Président du GIS "Elevages demain"

Thème : La concurrence avec l’alimentation humaine : un mauvais procès
« 80% des aliments consommés par les animaux d’élevage ne sont pas consommables par l’homme. »

Contrairement à ce que prétendent les auteurs, les résidus ne sont pas nécessairement des pertes. Le sols a besoin de matières organiques pour se reconstruire, s’enrichir et nourrir la vie du sol. Les résidus pourraient simplement être compostés (ou laissés au sol) pour enrichir les sols en matière organique ou servir de paillis.

Les auteurs incluent dans le 80% les cultures non comestibles par les humains (ensilage, foin, pâturage), mais négligent de dire que la majorité des terres utilisées pour produire cette nourriture pourrait servir à des cultures pour consommation humaine (ex. petits fruits), pour la foresterie, ou simplement redonnées à la nature pour la protéger. Et même là, on pourrait y faire de la cueillette sauvage (ex. champignon, PFNL (herbes sauvages, chaga, épices boréales, etc))

Les pommes de terre, ça pousse partout, même à plus de 3000m d’altitude comme au Pérou et en Bolivie.

Depuis 9 ans je cultive sur mon balcon en bacs, alors dans un champ, c’est clair qu’on pourrait cultiver des aliments pour consommation humaine !

Les pâturages comme puits de carbone ?
Recherche belge : www.notre-planete.info/actualites/4173-prairies-emissions-carbone

  • La capacité des pâtures à jouer un rôle de stockage de carbone s’amenuise au fil du temps.
  • Le deuxième constat porte sur l’ensemble du bilan de carbone de la pâture : au terme des trois ans d’étude, et compte tenu des incertitudes, il s’est avéré neutre, ce qui signifie qu’en moyenne la prairie n’en a pas stocké dans son sol ni libéré dans l’atmosphère.

Autre infographie intéressante sur les émissions de méthane : http://www.globalcarbonproject.org/methanebudget/

Les protéines
Les auteurs mentent en écrivant « Quantité de protéines animales produites pour 1kg de protéines végétales consommables par l’homme : Porc 0,9 à 1,3 kg Volaille 0,9 à 1,2 kg ».
Ils se basent sur d’autres calculs faits par GIS Elevages demain (l’organisme auquel appartient un des auteurs) : www.gis-elevages-demain.org/Actions-thematiques/Efficience-proteique-et-energetique-des-filieres-animales/Colloque-GIS-ED-Nouveau-regard-sur-l-Efficience-alimentaire-des-productions-animales-17-10-2017

Je ne trouve pas les détails des calculs, mais je suppose qu’ils excluent du calcul les protéines contenues dans les végétaux non consommables pas les humains (foin, tourteaux, etc).

Pourtant, la majeure partie des grains OGM (canola, soya, mais) sert à nourrir les animaux, et demandent une grande superficie pour les cultiver (et de bonnes terres en plus). Alors c’est tendancieux de laisser croire que les animaux vont produire plus de protéines que ce qu’ils ont mangé ! C’est tout le contraire de la réalité, comme l’explique très bien le scientifique-sceptique Dany Plouffe : « Pour ce qui est des protéines, la majorité de celles-ci sont perdues lorsqu’on consomme un produit animal comparativement à ce qui était présent dans les plantes ayant servi à nourrir les animaux. Pour le bœuf, c’est environ 95% des protéines qui sont perdues. En ce qui concerne le lait, la perte est moins importante : c’est environ 60% des protéines qui sont perdues. »
Voir aussi son graphique : https://lesceptique.ca/2015/12/01/viande-et-vegetaux/

Les généralisations abusives
Les auteurs veulent-ils laisser croire que les élevages en montagne sont mieux que les feedlots américains ? Pourtant pour les GES, c’est pire, car les animaux bougent plus et vivent plus longtemps...

L’empreinte eau
Évidemment, les auteurs cherchent à minimiser l’empreinte eau. Ils optent donc pour le Life Assesment Cycle qui ne considère que l’eau bleue, contrairement au Waterfoot print qui lui considère l’eau bleu, verte et grise. Je pense qu’on doit considérer l’eau de pluie, car c’est aussi un indicateur de la superficie de terre utilisée pour l’élevage. C’est vraiment que s’il n’y avait pas d’animaux, la pluie tomberait /quand même là, mais cet espace pourrait servir à d’autres cultures plus efficientes. Et l’eau grise, bien que difficile à estimer, doit être prise en compte pour évaluer la pollution émise par l’agriculture (ex. les écoulements des fumiers/ les fertilisants). Ce texte est intéressant et résume le débat, même s’il vient de l’industrie : www.canadiancattlemen.ca/2017/04/25/the-global-water-footprint-of-beef-production/

GES transport vs élevage
Les auteurs ont raison, quand on parle du transport, on ne parle pas de l’industrie de la fabrication des moyens des transports, alors qu’on compare avec l’industrie de la « fabrication » des animaux.

Mais si on veut parler de comparable, il faudrait ajuster l’équivalent CO2 qui est sous-estimé pour le méthane. On devrait l’évaluer sur 20 ans, et non sur 100 ans, ce qui augmenterait considérablement l’impact proportionnel de l’élevage. Ainsi, au lieu d’obtenir un équivalent CO2 de 25 tonnes, une tonne de méthane équivaudrait 72 tonnes de CO2.

Santé des gens
« La recommandation de réduire les graisses animales a été aujourd’hui purement et simplement supprimée (5). » Ici, ils se justifient en faisant référence à la ligne directrice du guide alimentaire américain. Mais l’absence de la mention dans le guide ne signifie pas l’absence d’effet dans la vie des gens ! Et on connaît la force du lobby américain de l’élevage !

De plus en plus de médecins et de professionnels de la santé deviennent véganes, alors c’est quand même un signe !

Impact carbone : les régimes carnés ne sont pas pires
« Sur le plan environnemental, contrairement aux idées reçues, l’impact carbone des régimes carnés n’est pas plus important que celui des régimes plus riches en végétaux »
Les auteurs se basent sur une étude… Financée par l’INRA !

Ce n’est pourtant pas ce que disent plusieurs études dans plusieurs pays qui comparent divers régimes alimentaires.
.

Transport vs production
Les émissions de GES sont surtout liées à la production, et non au transport, comme l’explique ce rapport : Meat - Eat less. Eat greener.

Pour l’article "Fausse viande ou vrai élevage ?"
Je suis pas mal d’accord avec les problèmes soulevés.

L’élevage de ruminants reste nécessaire
« Il n’y a pas d’agriculture durable sans cet élevage. » Gros cliché. On peut le contredire par les nombreuses approches où l’élevage ne fait pas partie du système : agriculture véganique, biointensif (approche de John Jeavons), natural farming, végéculture...

« L’élevage nourrit l’homme en valorisant des végétaux non consommables par l’homme »
« 70% de fourrages »

  • La note dit « Fourrages : herbe pâturée ou conservée sous forme de foin, ensilage ou enrubannage. »
    • Les pâtures demandent beaucoup de superficie pour l’élevage (donc pression sur le déboisement)
    • Le foin, ensilage ou enrubannage se fait sur des terres qui pourraient être utilisé pour cultiver autres chose.
  • Au Québec, beaucoup de ferme laitières et d’élevage, les champs utilisés pour les cultures (foin,
  • ensilage, grains) pourraient très bien être utilisés pour d’autres cultures.
  • L’orge et l’avoine, par exemple, poussent très bien sur des sols plus pauvre et plus froid. Le sarrasin aussi d’ailleurs.
  • Mais ce sont des cultures économiquement moins rentables et le marché pour consommation humaine est plus limité.

« Ainsi, une vache laitière produit 2 kg (7) de protéines animales (viande, lait) à partir de seulement 1 kg de protéines végétales qui seraient directement utilisables en alimentation humaine. »

  • Ils jouent donc beaucoup avec les chiffres pour justifier leur propos, mais comme je trouve les sources de végétaux « non consommable »
  • Dans ce cas-ci, une donnée qui serait intéressante serait de savoir la quantité de

Je recommande vraiment cette étude très intéressante, qui date un peu par contre (2003) : http://ajcn.nutrition.org/content/78/3/660S.full C’est un autre son de cloche :
« In the United States, more than 9 billion livestock are maintained to supply the animal protein consumed each year (11). This livestock population on average outweighs the US human population by about 5 times. Some livestock, such as poultry and hogs, consume only grains, whereas dairy cattle, beef cattle, and lambs consume both grains and forage. At present, the US livestock population consumes more than 7 times as much grain as is consumed directly by the entire American population (11). »

La disparition de l’élevage conduit à la désertification

On détruit des forêts tropicales/Amazonienne pour faire des pâturages et culture d’OGM pour les animaux. L’absence d’arbres amène un changement dans le climat (humidité/pluie) et favorise la déforestation.

Et la prétention que l’élevage aide à contrer la déforestation. Ici une bonne critique faite à l’un des promoteur du « Holistic grazing management » d’Allen Savory : All Sizzle and No Steak - Why Allan Savory’s TED talk about how cattle can reverse global warming is dead wrong.

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