Jardins autofertiles
Qu'est-ce que c'est?
Les jardins autofertiles consistent en des aménagements
visant la culture de fruits et légumes en recréent
un écosystème diversifié où les processus
naturels sont mis à contribution.
Historique et influences
Le concept de jardins autofertiles a vu sont apparition au Québec
il y a environ 8 ans, alors que la française Émilia
Hazelip venait enseigner sa méthode de jardins synergétiques.
Depuis, plusieurs des centaines de personnes ont suivis de telles
formations et de nombreux ateliers sont constamment offerts (voir
références et formation).
Le travail d'Émilia visa à adapter des méthodes
de cultures, telle l'agriculture sauvage de Masanobu Fukuoka, à
un climat tempéré. Néanmoins, la première
source d'inspiration est la nature elle-même, à savoir,
comment une écosystème non perturbé fonctionne-t-il?
Parmi les grandes influences, on retrouve :
- Agriculture biologique (écologie, importance de la matière
organique et de la vie dans le sol, absence de produits chimiques)
- Permaculture (système intégré et étendu,
interactions entre les éléments, les zones)
- Agro-foresterie / jardin forestier (les couches de végétation,
l'importance des arbres)
- Biodynamie (autonomie de l'organisme-agricole, les influences
subtiles, le respect des cycles)
Concrètement, plusieurs individus ont contribué,
par leurs observations, expériences et recherches à
développer la méthode des jardins autofertiles que
nous connaissons actuellement. Les recherches scientifiques sur
le fonctionnement du sol, des plantes et des écosystèmes
apportent également constamment de nouvelles confirmations
(par ex. la recherche sur les mycorhizes et le non travail
du sol à l'institut Rodale).
Hans Peter Rusch : les bases de la fécondité
du sol, l'analogie entre le fonctionnement du sol et celui du corps
humain, les deux zones principale d'un sol (la litière =
zone décomposition ; la rizhosphère = zone d'assimilation),
le cycle des substances vivantes, le compost de surface.
Masanobu Fukuoka : l'agriculture sauvage et les quatre
principes de non-agir, soit aucune produit chimique, aucun
traitement, aucun compost, aucun travail du sol.
Bill Mollison et David Holmgren: la permaculture
Robert Hart : l'agro-foresterie et les septs différentes
couches de végétation
(grands arbres, arbres nains, arbustes, plantes herbacées
buissonnantes, plantes rampantes, plantes racines, plantes grimpantes)
John Jeavon : l'importance d'un sol meuble, profond et non-compacté
(utilisant toutefois le double bêchage), produire beaucoup
sur une petite superficie, la haute densité des plants (créer
un micro-climat).
Robert Kourik : l'aménagement d'un environnement
diversité à la fois décoratif et comestible.
Gilles Lemieux : Le bois raméal fragmenté
comme moyen de redonner vie au sol et d'inverser le processus de
dégradation des sols.
Ruth Stout : la faisabilité des mulchs permanents
et leur impact sur l'efficacité, le temps et le labeur du
travail au jardin.
Allan Schmitt : le fonctionnement du sol et le cycle
de l'éthylène.
Logiquement, les principes suivants découlent de
toutes ces connaissances:
- Aucun produit chimique (pesticide, herbicide)
- Aucun travail du sol
- Aucun sol à nu
- Aucune monoculture
- Aucune compaction
- Aucun traitement
- Aucun arrachage de plante (à l'exception des légumes
racines)
Alternativement, les jardins autofertiles auront:
- Des plates-bandes permanentes sur-élevées
- Une couverture de sol permanente
- Un compost de surface
- Une diversité de plantes et de familles sur chaque butte
- La présence de racines vivantes en tout temps sur les
buttes (ex. plantes vivaces, transplants successif)
- L'utilisation du plan vertical (ex. plante grimpante au centre
des buttes)
- Des aménagements connexes (ex. étangs, haies,
arbres)
Trois éléments interreliés
Les principaux éléments que l'on y retrouve sont
les buttes, les points d'eau et les arbres.
Les buttes, d'une largueur de 4 pi et de 30 cm. de haut,
sont l'endroit réservé à la croissance des
plantes. Entre chacune d'elles, les allées d'un pied large
(30 cm) permettent de se déplacer et d'atteindre le centre
des buttes sans avoir à marcher dessus.
Les points d'eau, permettent d'attirer, de garder et de
protéger divers prédateurs naturels. Une forme irrégulière
accroît le périmètre de l'étang, créant
ainsi un milieu plus productif pour une même superficie. La
profondeur doit également être irrégulière,
de manière à offrir un large éventail d'habitats.
Ces petits étangs (de quelques centimètre à
plusieurs mètres) apportent donc plusieurs effets :
- Emmagasine de l‘eau
- Contrôle des ravageurs
- Habitat pour la faune et la flore sauvage
- Accumulateur de chaleur
- Système de traitement des eaux grises
- Peut réfléchir de la lumière pour la maison
ou la serre
- Peut servir de piscine…
À voir : Les plantes pour plans d'eau
Les arbres sont pratiquement indispensables dans la conception
d'un aménagement en raison de la multiplicité de leurs
fonctions. Pas seulement en tant que producteur d'aliments, de carburant
et de bois, mais aussi pour la myriade d'effets bénéfiques
que leur transaction énergétique a sur l'écosystème.
Voici quelques produits et fonctions des arbres :
- Ramènent des nutriments profonds à la surface
grâce à ses racines profondes
- Fertilise le sol en fournissent de la matière organique :
feuilles, branches, écorce, bois et en excrétant
des nutriments par les racines.
- Encourage l'activité du sol (entre autres les mycorhizes)
- Prévient l'érosion en retenant le sol avec ses
racines
- Élève le niveau de la nappe phréatique
- Transpire de l'eau vers les nuages
- Prend le gaz carbonique (CO2) et redonne de l'oxygène
- Absorbe les polluants atmosphériques
- Accumulent du carbone
- Abrite la faune sauvage
- Attire les pollinisateurs naturels
- Fournit de l'ombre
- Abrite des cultures
- Rafraîchit l'atmosphère
- Rehausse le paysage
- Agit comme brise-vent (réduit les coûts de chauffage,
réduit l'érosion éolienne, permet d'accumuler
plus de neige au sol protège ainsi contre le gel et les
rigueurs de l'hiver).
Selon les espèces, les arbres peuvent offrir :
- Des aliments (fruits, noix, fleurs, sirop d'érable)
- Des substances médicinales
- Des matériaux de construction
- De l'énergie (bois de chauffage, bio-carburants)
- Des fertilisants (bois raméal, feuilles, écorce,
azote)
À voir : Les espèces utiles au Québec
Interaction
L'interaction entre ces trois principaux éléments
produit un tout plus grand que si chacun des éléments
était isolé.
Comment concrètement cultiver?
Avant de prendre pelle et râteau, il est primordial de
planifier le jardin. Il faut connaître le type de sol, les
plantes et arbres déjà présents, le type de
climat, etc.
Un plan sur papier permet de visualiser la forme et la disposition
des buttes que nous désirons implanter, et permet d'éviter
les erreurs une fois sur le terrain. La planification devrait également
tenir compte des développements futurs (projets à
venir, tailles des arbres à maturité, etc.)
Préparation du terrain
Si le sol n'a jamais été cultivé, ou s'il
fut abandonné depuis longtemps, il faut le remettre en conditions.
Si le temps vous le permet, la meilleure pratique consiste à
le recouvrir d'une matière organique pendant tout l'été,
sans travail de sol. Cela créera un habitat et apportera
de la nourriture pour toute une panoplie de d'organismes. Ceux-ci
se chargeront de travailler le sol tout en digérant et incorporant
la matière.
Pour les petites surfaces, une couche d'au moins 8 pouces de
foin peut être appliqué et laissé en surface
tout l'été. S'il y a beaucoup de chiendent et autres
plantes vivaces non désirées, il faut d'abord recouvrir
le sol d'une couche de carton brun (ex. boîte de réfrigérateur)
avant de mettre le paillis.
Au cours de cette année de préparation, on peut
néanmoins rendre le jardin productif en implant diverses
cultures à travers le paillis. La plus courante est la pomme
de terre : il suffit de faire un trou dans le carton, de mettre
le tubercule en contact avec le sol, puis de recouvrir de paillis.
Parmi les autres cultures qui réagissent bien, on retrouve
les semis de légumineuses (gourgane, haricot, pois); les
crucifères (chou-rave, chou); les laitues; les solanacées
(tomates, piments); les cucurbitacées (zucchini, concombre).
À noter que si le sol est vraiment pauvre ou très
compacté, les plants auront de la difficulté à
pousser et les rendements seront nuls.
La formation des buttes
Les buttes ne sont travaillées qu'une seule fois (lors
de leur aménagement), d'où l'importance d'y accorder
toute notre attention :
- À l'aide de piquets et de cordes, délimiter les
allées et les buttes.
- Prendre la terre des allées et la mettre au centre de
la butte et prenant soin de retirer toute racine de plante vivace
(chiendent, pissenlit, chardon, asclépiade…)
- À l'aide d'un râteau, faire glisser par petites
couches successives la terre du centre de la butte jusqu'à
l'atteinte une surface plane. Chaque couche se fait sur l'ensemble
de la butte. Entre chaque passage, enlever les racines de vivaces
et les cailloux. Au terme de cette étape, les côtés
de la butte sont inclinés et formes les « costières ».
- Disposer 2 tuyaux d'irrigations sur la butte (optionnel)
- Installer les tuteurs
- Deux barres de fer pour béton que l'on courbe et se
croisant au centre de la butte.
- Une grosse broches faisant le tour des tuteurs et servent
à y attacher des cordes pour les plantes grimpantes.
- Appliquer un mulch (bois raméal fragmenté, vieux
foin, feuilles semi-décomposées, herbes sauvages,
etc).
- Semer et transplanter les plantes désirées.
- Bien arroser les buttes. S'il vente, l'eau aide à retenir
le mulch.
L'implantation des cultures
Pour les plantes semées directement (ex. carotte, radis,
maïs, pois, betterave, épinard), on déplace le
mulch pour former un petit rectangle où déposer les
graines). Quant aux transplants, on les plante directement à
travers le mulch.
Les différents endroits sur la butte :
-
Les plate-bandes : partie principale et horizontale
de la butte (généralement 3 rang de 3 sortes de
plantes différentes).
-
Les costières : chacun des côtés
inclinés (utile pour les ail, poireaux, oignons, laitues,
fleurs)
-
Les bouts : pour les vivaces et les fines herbes
-
Les lisières : la jonction entre le côté
et le dessus
La disposition des cultures est très importante.
Plus grande sera la diversité, plus grand sera l'interaction
et l'effet bénéfique sur le sol, la faune et la
flore. Il faudrait viser un minimum de 3 familles différentes
par butte et obtenir une représentation de chaque des racines.
Selon les types de racine :
-
Arrachée (ex. Radis, carotte, pomme de terre, panais,
betterave)
-
Morte et laissée en place (ex. tomate, tournesol,
brocoli, laitue)
-
Fixatrice d'azote = légumineuse (ex. pois, haricot,
lupin, féverole, trèfle)
-
Racine résistante à l'hiver = vivace ou biannuelle
(ex. rhubarbe, myosotis, groseille
-
Racine de la famille de l'oignon = liliacée (ex. oignon,
ciboulette, ail, poireau)
Selon le port de la plante
-
Grands arbres
-
Arbres nains
-
Buissons
-
Herbacés
-
Légumes racines
-
Couvres-sols
-
Plan vertical
-
Plein soleil : du côté de la butte qui
fait face au sud
-
Mi-ombre : le centre de la butte ou près de grandes
plantes
-
Ombre : à l'arrière de la butte et sous
les grandes plantes
Les plantes tolérant l'ombre pourront être placées
du côté nord et derrières des plantes plus
imposantes.
Selon les exigences en nutriments (quantité) :
-
Exigeante
-
Moyennement exigeante
-
Peu exigeante
Ici, on recherchera à éviter d'avoir uniquement
des plantes exigeantes sur une même butte.
Selon le type de matière organique préférée :
Cette caractéristique des plantes influence la position
de leurs racines dans le sol. En effet, puisque l'apport de matières
organiques au sol se fait en surface, il se crée tout un
historique de décomposition. La litière consiste
en cette zone de décomposition :
-
En surface : matière organique sèche non
décomposée servant d'écran protecteur (conserve
l'humidité pour permettre aux micro-organisme de jouer
leur rôle; réduit l'érosion; élimine
les éclaboussures de terre sur les feuilles.
-
Matière organique humide commençant à
être attaquée par la vie du sol.
-
Matière organique semi-décomposée
-
Matière organique décomposée
-
Matière organique mélangée à
la terre
Ainsi, les cucurbitacées préféreront la
zone semi-décomposée, alors que les carottes préféreront
la zone bien décomposée.
La succession des cultures
En jardin autofertile, on ne parle par de rotation des cultures,
mais plutôt de succession des cultures. Ainsi, on fera
un plan du jardin chaque année, puis on évitera l'année
suivante de replanter la même plante au même endroit.
Les buttes contours
Tout jardin devrait être entouré d'une butte contour.
Celle-ci accueille les plantes envahissantes (topinambour,
menthe), mellifères, volumineuses (rhubarbe) et arbustives
(groseilles, caragana). Mais surtout, elle agit comme frein contre
les envahisseurs : plantes (chiendent), animaux (ex. une haie
de framboisier contre les chevreuils).
Impact
Cette méthode apporte de nombreux avantages. D'abord,
au niveau écologique, on recrée des lieux où
la biodiversité atteint des sommets. La terre est protégée
et nourri, et la vie y est respectée.
Pour le jardiner, les bénéfices sont réels :
- Il se dégage une harmonie et une
- Moins de travail
- Peu ou pas de désherbage
- Arrosage réduit. Un ou deux bon arrosage par semaine
est suffisant.
- On gagne en superficie de culture (costières et tuteurs)
- Avec les années, la productivité devient plus
élevée.
Bref, les jardins autofertiles sont plus économiques en
temps et en argent, en plus de procurer un plaisir nouveau de
voir toute cette diversité s'installer.
Références
À l'heure actuelle, encore peu de documentation écrite
sur les jardins autofertiles n'est disponible. La revue québécoise
d'agriculture biologique Bio-Bulle ( www.lavisbio.org)
comporte toutefois une chronique mensuelle sur le sujet.
Bio-Bulle, Le magazine du bio québécois,
numéro 48, mai 2004
Trois articles à lire :
· Visite d'un
jardin autofertile, par Isabelle Éthier
· Développer
et maintenir un sol autogertile, par Jacques Hébert
· La transition
vers uneculture autofertile, par Réjean Roy
Le Regroupement pour le jardinage écologique ( www.rje.qc.ca)
possèdent des vidéos présentant les jardins
autofertiles et les concepts sous-jacents. Entre autre :
· Les Jardins
d'Émilia, 1998
· Le Monde de
la Terre, 1992
Pour approfondir les jardins autofertiles, la meilleure option
reste la formation offerte par Réjean Roy et inclue d'excellentes
notes de cours.
Formation en Jardinage biologique (permaculture, santé
et alimentation)
Sur Internet
Site présentant des méthodes de cultures écologiques
reposant sur une fertilisation végétale et le respect
de la biodiversité.
Présentation de ses jardins et de l'utilisation du
bois raméal fragmenté.
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